Excerpt of interview in french

  • GupaJuhe, quelle est l’origine de votre nom ?

GupaJuhe est un pseudonyme qui révèle toute mon identité. En fait, je me suis inspiré de l’OULIPO pour le créer, et cela a tout de suite fonctionné. J’ai donc repris les deux premières lettres de tous mes prénoms et nom : Guillaume Paul Julien Hebert.

 

  • Quand avez-vous découvert le Yi King ? Cet ouvrage de référence chinois…

J’ai découvert le Yi King par les arts martiaux chinois alors que j’étais étudiant aux Beaux-arts. J’avais un peu plus d’une vingtaine d’année. Je commençais à m’intéresser à la culture chinoise et notamment au taoïsme. Et puis, le Yi King est naturellement apparu très vite sur mon chemin.


  • Pourquoi cette fascination pour le Yi King ?

Le Yi King m’a fasciné tout de suite. Dès que j’ai ouvert le livre, dès que j’ai vu ces signes qui constituent le Yi King, cela a été une révélation. J’ai vu très vite qu’il y avait un véritable travail de décryptage graphique à faire. Je me le suis approprié et c’est devenu le point de départ de toute mon œuvre. Le Yi King est un ouvrage sacré, « Omni », avec un potentiel exceptionnel d’adaptation, d’interprétation et de créativité. C’est un langage vraiment unique au monde. Et puis ce que je trouve de remarquable, c’est son histoire : il est apparu en Chine, il y a environ 5000 ans, s’est développé au fil des siècles et a joué un rôle important dans toute la culture chinoise. Et aujourd’hui, il est toujours consulté avec la même ferveur, sauf qu’il s’est internationalisé et que ces champs d’application se sont diversifiés.

 

 

  • Comment avez-vous commencé à utiliser le Yi King dans votre travail ? Quelles étaient vos premières recherches ?

De mémoire, c'était en 1993. Je menais une recherche sur la dualité en peignant des toiles minimalistes en noir et blanc. Et puis, dans la continuité, j’ai commencé à peindre le Yi King toujours avec cette dualité du noir et du blanc. La transition s’est faite simplement et spontanément. Très vite, j’ai commencé à jouer avec les lignes, les traits pour découvrir de nouveaux sens de lectures. Mais comme j’étais perfectionniste et pas spécialement patient, la peinture ne me satisfaisait plus. C’est à ce moment là que j’ai commencé à utiliser l’outil informatique. Et cela à certainement influencé ma vision et par conséquent ma démarche artistique. De nouvelles perspectives se sont ouvertes à moi et j’ai entrepris un véritable travail analytique du Yi King. Je maniais les figures du Yi King dans tous les sens et j’essayais notamment de trouver des correspondances avec d’autres langages fonctionnant sur des structures proches du Yi King, comme le morse, le braille et le binaire par exemple. En fait, je manipulais au fur et à mesure ce que je découvrais en exploitant toutes les possibilités graphiques qui pouvaient tendre à de nouvelles lectures du Yi King.


  • Voilà maintenant une quinzaine d’année que vous travaillez sur le Yi King. Quelles ont été les phases décisives dans l’évolution de votre travail ?

Dans un premier temps, l’apparition de la couleur a joué un rôle considérable dans l’évolution de mon travail. C’est une dimension absolument fabuleuse avec laquelle je travaille toujours, et qui occupe une place majeure dans mon œuvre. La couleur ! c’est la vie.
Ensuite je me suis beaucoup imprégné de l’art asiatique, enfin… essentiellement chinois au tout début. Et bien sûr, cela a influencé considérablement mon travail. Je suis resté d’ailleurs très sensible à l’esthétique et à la culture asiatique et notamment à celle de l’Himalaya, et j’en fais souvent encore référence dans mes créations.
Puis, très vite, j’ai commencé à réaliser de plus en plus de compositions circulaires, ce qui m’a amené à m’intéresser aux Mandalas et en particulier à ceux du Tibet. La fascination pour ces Mandalas m’a entraînée à réaliser toute une série sur le sujet. Et le Yi King s’y imbriquait parfaitement bien. Aujourd’hui, je considère que la série des Mandalas est la première qui soit véritablement abouti.
Mais je pourrais vous parler de la peinture des aborigènes d’Australie ou encore de celle des indiens Navajos par exemple qui m’a captivée et inspirée pour certaines compositions.



  • La couleur occupe une place très importante dans votre œuvre. Elle semble même parfois au centre de votre travail. Comment est ce que vous la définiriez-vous ?

C’est un vaste sujet… La couleur, c’est la vie. Nos yeux ne vivent que parce qu’il y a la couleur et celle-ci n’existe que parce que nous avons la vue. La couleur est lumière. Et la vue est de loin le sens avec l’ouïe le plus développé chez l’être humain. Par conséquent, il me semble normal et naturel de lui consacrer une place d’honneur.
Par ailleurs, la couleur est une énergie subtile mais très puissante. Elle agit constamment sur nous et notre environnement. Nous réagissons à la couleur et celle-ci peut avoir un impact plus ou moins important sur notre comportement. C’est pourquoi il est préférable de ne pas la négliger et de l’utiliser avec sagesse.
Lorsque je transpose le Yi King en couleur, je lui donne vie et fait renaître l’idéogramme Yi qui dans l’écriture sigillaire représentait un caméléon. La couleur ne substitue pas les figures du Yi King que sont les hexagrammes et trigrammes mais ajoute à celles-ci une âme. Les traits pleins et les traits brisés qui composent chaque figure, s’incarnent donc dans la couleur. En fait, je travaille avec une gamme chromatique basée sur le nombre six : les trois couleurs primaires que sont le rouge, le jaune et le bleu, et les trois couleurs complémentaires que sont le vert, le violet et l’orange. Ainsi, pour les soixante-quatre hexagrammes, j’obtiens soixante-quatre harmonies faites des six couleurs. Et chaque harmonie crée une tonalité chromatique. C’est comme en musique. Et, selon l’arrangement des hexagrammes et le sens de lecture que nous en faisons, des rythmes apparaissent et laissent à marquer un tempo qui peut être lent ou rapide en fonction de l’acuité visuelle de chacun.
Et puis, il y a cette notion d’équilibre et d’harmonie des couleurs qui renvoie à l’idée du beau associé à l’idée du bien. C’est très intéressant ! Car cela apporte une dimension fonctionnelle à l’œuvre, celle de favoriser l’énergie : le Qi, d’un lieu de manière à favoriser la santé, le bien-être et la prospérité de ses occupants. Et naturellement, c’est très proche du Feng-Shui qui est sous-jacent dans la plus part de mes compositions. Mais ce n’est pas très étonnant, vu que les trigrammes et hexagrammes sont des matériaux de cette science taoïste.
Enfin, tout cela pour vous dire que je crois en la couleur et en ses vertus intrinsèques.


  • Le graphisme est très présent également dans votre travail…

Effectivement ! Aussi, nous devons distinguer dans mes œuvres, d’une part, les éléments graphiques de substitution, constituant les hexagrammes et les trigrammes, et par ailleurs, les éléments graphiques d’ornementation, rappelant les origines culturelles du Yi King ou d’autres sources quand je travaille sur des correspondances avec telle ou telle autre culture.
Ce que j’appelle les éléments graphiques de substitution, ce sont des formes simples qui vont interpréter les figures du Yi King. Ainsi, le cercle, le carré, l’hexagone, l’hexaèdre, et divers volumes relativement simples, comme dans la série des « escaliers » par exemple, reviennent très souvent dans mes compositions, autant pour leurs symbolismes que pour leurs valeurs numériques et ce qu’ils sont censés apporter de plus à la lecture des hexagrammes et des trigrammes. C’est identique à un jeu de composition formelle obéissant à la structure grammaticale du Yi King. Ensuite, il faut organiser, arranger, structurer le tout dans l’espace plan pour rendre une lecture plausible, intelligible et lui donner une dimension inédite.

 

 

  • Quel est le rôle de l’outil informatique dans votre travail ?

L’outil informatique est dans mon travail ce que la palette, les tubes de peinture et les pinceaux sont pour le peintre. C’est juste un outil actuel d’exécution et de productivité. Et cela n’altère en aucun cas ma création. Je demeure l’unique auteur de mon travail et gère toutes les phases de celui-ci. Autrement dit, je n’ai pas recours à des programmes informatiques qui feraient le travail pour moi ou mieux encore qui produiraient de manière autonome leurs propres œuvres. Cela étant, je reconnais être assisté par la machine numérique aussi bien dans la composition d’une œuvre que dans sa matérialisation.

 

 

Entretien avec GupaJuhe

Boulogne-Billancourt, France, août 2007


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